Ce refus systématique mine la transition énergétique et, plus grave encore, affaiblit notre sécurité d’approvisionnement.
Nous l’avons constaté de plein fouet ces dernières années. L’invasion de l’Ukraine par la Russie, en 2022, a provoqué une explosion des prix du gaz et révélé notre dépendance criante aux importations. La récente montée des tensions au Moyen-Orient a ravivé la même angoisse : celle d’un approvisionnement incertain, soumis à des intérêts géopolitiques qui ne sont pas les nôtres. La sécurité énergétique n’est plus une théorie ; c’est un impératif vital.
Des ambitions élevées, des blocages locaux
Prenons un exemple concret. Tout le monde salue le développement des parcs éoliens en mer du Nord. Mais à quoi bon produire cette électricité offshore si, sur terre, on bloque les projets de transport nécessaires à son acheminement – comme la boucle du Hainaut, maillon essentiel du réseau belge ? Selon Elia, le gestionnaire du réseau de transport, cette infrastructure contribuera à acheminer 6 GW d’électricité renouvelable supplémentaire d’ici 2030. Sans elle, nos ambitions climatiques resteront des slogans.
Les sondages confirment un paradoxe : d’après une enquête de la Commission européenne (Eurobaromètre 2024), la grande majorité des Belges soutiennent le développement des énergies renouvelables, mais qu’ils sont nettement moins nombreux à accepter des installations près de chez eux. Ce décalage mine notre capacité collective à agir.
On ne peut pas vouloir une électricité locale, propre et bon marché… tout en refusant toute infrastructure visible.
Parce que les lois de la physique, elles, n’ont pas d’état d’âme : l’énergie doit être produite, stockée, transportée. Et cela nécessite des lieux, des câbles, des installations, des autorisations.
Concertation, rigueur… et courage
Bien sûr, l’acceptabilité sociale ne se décrète pas. Elle se construit par la concertation, le respect des riverains et la transparence. Les études d’incidences environnementales sont indispensables – et doivent être de qualité, accessibles, compréhensibles. Mais elles ne peuvent pas servir de prétexte à l’immobilisme permanent.
La responsabilité politique, c’est aussi de savoir trancher. Dire non quand un projet est mal pensé. Mais dire oui, clairement, quand tout a été étudié. Et assumer ce choix comme un acte de courage, pas comme un risque électoral. Dans une démocratie, la décision doit revenir à ceux qui ont reçu mandat de décider, pas à ceux qui crient le plus fort.
Une question de sécurité et de souveraineté
L’énergie est devenue un champ de tension entre innovation technologique, impératif écologique et peur du changement. Or, le courage politique, c’est de ne pas se cacher derrière la peur. C’est défendre l’idée qu’une transition maîtrisée, équilibrée et planifiée vaut mieux que le chaos des blocages et des recours.
La transition énergétique n’a pas besoin d’un consensus mou ; elle a besoin de responsabilité. De la part des citoyens, qui doivent comprendre que le confort énergétique a un coût territorial. De la part des pouvoirs publics, qui doivent planifier les infrastructures avec rigueur et cohérence. Et de la part des élus, qui doivent choisir l’intérêt collectif avant la tranquillité électorale.
Car l’énergie, ce n’est pas un luxe. C’est une condition de prospérité, de sécurité et de souveraineté. Et cela exige parfois d’avoir le courage de dire oui.
